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Mutations
de l’engagement dans la lutte contre le sida: L’exemple de
l’association Solidarité Sida en France. Cécile Chartrain CRAPE (Université Rennes 1)/ boursière Sidaction, France Dès
la création de la première association française de lutte contre le
sida (VLS) en 1983, la crainte de voir l’assimilation entre
homosexualité et sida favoriser la stigmatisation a pour effet
essentiel une recherche de généralisation de la cause : le
discours des premières associations, parmi lesquelles AIDES occupe une
place prépondérante, dénote une volonté de se détacher de toute référence
à l’homosexualité. A la fin des années 1980 émerge une nouvelle génération
d’associations, emmenée par Act Up-Paris, qui se donne pour objectifs
l’expression d’une parole publique des personnes atteintes mais
aussi d’une revendication identitaire homosexuelle. Cette période
s’accompagne d’une montée en puissance des logiques
concurrentielles entre associations, tant autour de l’enjeu du
recrutement que du point de vue de leur portée médiatique ;
cependant, cela n’empêche pas la croissance et finalement l’apogée
de la mobilisation sida vers 1994-1995. A partir de 1996, le champ de
lutte contre le sida entre en crise : consécutivement à l’arrivée
des trithérapies, le sida perd son statut d’exceptionnalité, les
dons et financements publics diminuent, l’attention médiatique
retombe, les groupements peinent à conserver leurs effectifs et les
tensions internes et antagonismes entre structures s’exacerbent. Au
tournant des années 2000, la démobilisation associative ne paraît pas
enrayée par le constat d’un relâchement des comportements préventifs,
d’une reprise des contaminations d’abord flagrante chez les gays et
d’une aggravation de la situation chez les femmes et les migrantEs. Dans
ce contexte, l’association Solidarité Sida occupe une place très
originale tant par sa croissance quasi continue que par la nature de ses
objectifs, son public et ses modes de mobilisation. Créée en 1992 par
deux étudiants en communication, elle prétend en effet valoriser une
approche globale (non communautaire) de la cause, préférant contribuer
à la lutte antisida avant tout à travers l’organisation de grands évènements
à caractère festif. Ces évènements permettent de récolter des fonds
voués à être redistribués à d’autres acteurs associatifs plus
proches du terrain ; mais ils visent également à sensibiliser le
grand public – et prioritairement les jeunes – à la question du
sida. Au fil des ans, SolSid a d’ailleurs développé des activités
autonomes de prévention dans les lieux dits « jeunes » (écoles,
foyers de jeunes travailleurs, etc.). Plus récemment, elle a pris une
dimension plus internationale et plus politique en devenant très active
dans le domaine de la mobilisation pour l’accès aux traitements au
Sud.
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